L’école doit changer

C’est la période des vacances scolaires et comme à l’accoutumée des propagandes et campagnes publicitaires pour séduire de nouveaux apprenants. Dans le domaine universitaire tout particulièrement, le message est axé le fort taux d’embauche à la sortie des « grandes écoles ». D’un coté les bacheliers bien contents d’en finir avec le lycée et de rentrer enfin dans le monde qu’ils pensent plus libre de l’université. D’un autre les jeunes diplômés à qui au mieux, on a appris à apprendre et qui se retrouvent confrontés à la dure réalité du monde professionnel. Il y a aussi la petite minorité de ceux qui ont eu la vivacité d’esprit de développer des compétences en dehors du cadre scolaire et qui parviennent plus ou moins aisément à décrocher un premier emploi. Et il y a bien évidemment ceux qui ont pu grâce aux « bras longs » se frayer un chemin dans la jungle professionnelle et qui s’en contentent. Tous ces profils ont en commun une formation en totale inadéquation avec les besoins et les réalités du moment. Si la réduction du taux de chômage est une priorité, à mon avis, il faut aller à la source, repenser l’école telle qu’elle est présentée aujourd’hui.

L’école aujourd’hui

Dès l’âge de trois ou quatre ans où l’on fait ses premiers pas dans le monde scolaire, c’est le commencement d’un chemin de croix qui au mieux aboutira 13 ans plus tard à l’obtention du fameux baccalauréat. Le premier diplôme universitaire qui ne sert à rien mais qu’il faut avoir quand même. Chaque année, on s’étonne, on crie au scandale quand tombent les résultats des examens. On en veut à ces jeunes toujours un peu plus fainéants. Mais en réalité, comme le démontrent si bien les blogueurs togolais Marek, Eli et Renaud, le système éducatif (et pas seulement au Togo) est en crise. Nous avons franchi la limite du passable et sommes désormais perdus sur l’autoroute de la médiocrité. Et pour la petite minorité qui arrive tant bien que mal à passer ce cap et à décrocher ce fameux baccalauréat, que réserve le monde estudiantin ?
Il y a les nouvelles structures avec des stratégies de communication très agressives. Quelle que soit la spécialité que vous désirez ils en ont les ressources. Ainsi, dans ce qui pourrait humblement servir d’appartement à une famille de cinq personnes, sans même la basique connexion internet, il est possible de décrocher des diplômes d’ingénieur robotique, spécialiste des systèmes embarqués, d’expert en nanotechnologie et que sais-je encore. Il y a aussi les structures qui ont acquis une réputation certaine au fil des années mais dont le contenu des formations est devenu, il faut le dire, obsolète. Ce n’est pas juste en plein XXIème siècle, avec toutes les possibilités qu’offre le numérique de « voler » le temps des jeunes et les ressources de leurs parents pour qu’après des années qu’ils ne rattrapent jamais, lassés de déposer des demandes d’emploi, ils se proclament founder/ceo d’entreprise dont les produits et ou services n’existent que dans leur imagination.

Le e-learning, une alternative intéressante

Si les technologies de l’information et de la communication ont impacté sur la manière dont vivent et communiquent les gens, on ne peut décemment pas écarter ce qu’il est possible d’en faire dans le domaine de l’enseignement. Plusieurs universités prestigieuses l’ont compris et ont mis à disposition les ressources nécessaires pour proposer les plateformes de cours en ligne que nous connaissons. Evidemment les MOOCs ne remplacent pas totalement un programme de formation mais constituent déjà un moyen efficace de développer une compétence spécifique. Dans un contexte où on a de plus en plus de mal à retenir l’attention des gens, laisser à l’apprenant le choix des cours à suivre, des compétences à développer change certainement son rapport à l’enseignement. D’un autre coté, le e-learning est un marché en pleine expansion. La fameuse « économie numérique » qui a le vent en poupe dans nos pays théoriquement poursuivant l’émergence peut intégrer le e-learning dans ses priorités et en faire à la fois un secteur d’activité des plus rentables et une solution partielle à l’échec du système éducatif.

L’alternance, un modèle qui marche

La formation en alternance a l’avantage de combiner une formation théorique et une formation pratique en entreprise. Cette nouvelle forme d’apprentissage depuis son apparition est plébiscitée par les apprenants. Aussi bien pour les entreprises que pour les étudiants, elle présente de nombreux avantages. Pour l’entreprise, il peut s’agir d’une formule de pré-embauche qui lui permet de jauger les capacités de son futur employé sans engagement réel. Pour les apprenants, l’alternance marque une rupture avec le système d’apprentissage traditionnel et lui permet d’accéder au volet pratique de sa formation. Tout n’est pas rose dans le monde l’alternance entre la difficulté de trouver des structures d’accueil, assumer la charge de travail supplémentaire que cela représente et trouver le bon équilibre entre école et entreprise mais c’est un bon début pour opérer un changement nécessaire.

Le traditionnel 8h à 17h du lundi au vendredi où on écoute religieusement le professeur sans même parfois avoir le droit de soumettre une idée doit changer. Plutôt que les promesses d’ordinateurs ou de villes intelligentes, les dirigeants africains gagneraient à procéder à une entière réforme de nos systèmes éducatifs tel qu’ils existent actuellement. Il ne s’agit pas d’opérer un changement radical mais de concevoir l’apprentissage et de le structurer autrement. Avec le numérique le champ des possibilités est large. Et tous les acteurs du système, la classe politique, les institutions privées, les enseignants, les apprenants… ont le pouvoir de changer les choses. Chacun peut à sa manière apporter sa pierre à l’édification d’un modèle qui marche mais avant, il nous faut admettre qu’il y a un problème.

À propos de l'auteur

Lucrece

Ambitieuse, déterminée et très amoureuse de la langue française, voilà qui je suis. Ingénieur de conception en réseaux Telecom, je suis passionnée de lettres et de cuisine. Pour vivre j'ai besoin d'internet et d'eau mais ma plume est mon arme de survie dans ce monde plein de défis.

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9 Commentaires

  1. Ce que tu dis est très pertinent, Lucrèce. La question de l’éducation en Afrique est vraiment cruciale. Et, on s’accorde tous Renaud, Marek, Eli et beaucoup d’autres pour dire que l’éducation est sur la pente descendante sur notre continent. Et il faut que ça change. J’aime beaucoup les alternatives que tu proposes.

    De nos jours les formations en ligne sont de plus en plus intéressantes et variées. C’est une piste à explorer et à exploiter. Mais, je pense que le problème de contenus est primordial. Ce n’est pas normal qu’un jeune bachelier soit incapable d’exercer un quelconque métier grâce à son diplôme. L’éducation, comme tu l’as dit, devrait s’adapter aux besoins et au contexte. J’ai beaucoup aimé ce billet (pour un retour simple, j’espère).

    1. lol un retour simple… Rien n’est simple mon ami 🙂
      Qu’un jeune bachelier ne puisse exercer aucun métier avec son diplôme, c’est pas près de changer. Par contre, il faut que les parents déjà comprennent que ce n’est pas indispensable pour réussir. Si les enfants présentent des aptitudes pour d’autres métiers qui ne nécessitent pas forcément le bac ou qu’ils n’y arrivent pas au premier, deuxième, troisième tour, il faut penser à les réorienter. Donc il faut bien dire à Popol, les ordinateurs… on fait rien avec ca 😉 Les problèmes sont ailleurs…

  2. Conséquence majeure de ce problème, le chômage abondant et le retard de l’Afrique. En plus du manque de repère des jeunes. Quand je pense qu’on étudie encore en histoire contemporaine la première guerre mondiale au lieu des révolutions maghrébine et africaine. Pourvu que nos dirigeants te lisent et que nos enfants ne subissent pas les mêmes conditions que nous. Bel article. Ravi d’avoir attendu si longtemps.

  3. Très belle analyse. Il nous faut une éducation de développement et non une education de sous développement qui est actuellement en vigueur. Ce système à fait son temps et à produit d’excellents cadres qui ont fait et continuent de faire la fierté de ce pays. Mais une mise à jour s’impose. J’aime bien tes alternatives car le E-learning et Mobile Learning sont des passerelles à la connaissance. En plus des TICs, developper chez les apprenants les compétences du xxi siècle (pensée critique, communication, résolution de problèmes, etc.)

  4. Super article ! Ton analyse vaut plus que les belles études et les beaux rapports des fonctionnaires de la banque mondiale. Le problème est que plus les diplômes ne mènent nulle part, plus il y a du monde qui vont à leur recherche.

  5. Excellent article comme toujours Lucrèce! 🙂
    « Nous avons franchi la limite du passable et sommes désormais perdus sur l’autoroute de la médiocrité. » C’est trop vrai et c’est partout je pense, sans compter les diplômes qu’on peut s’acheter vite fait bien fait quand on a les moyens!
    Pour le e-learning, dommage que les cours deviennent progressivement payants, en tout cas sur Coursera.

    1. lol Sophie, produire les cours c’est pas facile! D’un autre coté le payant est symbolique. Tu avoueras que tu suis avec plus d’attention un cours que tu payes qu’un cours gratuit. Après pour alléger les couts, il faut l’accompagnement de institutions publiques.

  6. J’apprécie ton analyse Lucrèce! Le changement de l’école passe par le recours aux solutions qu’offrent les Tics et tu l’as si bien relevé. A ce sujet il est curieux de constater qu’il y ait encore dans le domaine de l’enseignement des poches de résistance à la technologie. Par exemple à l’université de Lomé certains enseignants opposent une réticence aux outils numériques mis à leur disposition pour faciliter les corrections d’épreuves et la diffusion des cours. Ce qui me fait dire qu’un effort de vulgarisation des atouts du numérique dans le système éducatif reste à faire.
    Merci là bas!

  7. Merci beaucoup Lucrece pour ton constat. Malheureusement la crise du système éducatif ne date pas d’aujourd’hui et est en droite ligne avec la crise du système social. Comment peut-on espérer produire de bons fruits quand les contenus n’ont rien à voir avec nos propres réalités sociales car dictés par d’autres? Le chemin est encore très long. Une éducation basée sur les réalités africaines est la solution à tous nos problèmes. Arrêtons de compter sur les dirigeants. Il est clair que leurs modèles n’ont pas été productifs jusqu’ici. Soyons des jeunes africains créatifs et proactifs pour des lendemains meilleurs.

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