Il n’y a pas que des succès à la silicon valley

Le « Hollywood des nouvelles technologies » a de quoi faire rêver. Qui n’a pas envie d’être le prochain Steve Jobs ou d’être millionnaire ou milliardaire avant trente ans ? En Afrique, en particulier où tant de choses restent à faire, ce ne sont pas les idées de génie qui manquent. Cela dit, de l’émergence de l’idée à sa réalisation, il y a un fossé que de nombreux entrepreneurs ne prennent plus la peine d’évaluer avant de se lancer.

La banalisation du terme startup

Depuis quelques années, ici au Sénégal, je vois de jeunes diplômés qui à la fin de leurs études décident d’entreprendre. L’enthousiasme et l’énergie que l’on peut lire dans leurs faits et gestes est certes séduisante mais avec un regard plus objectif, on ne peut s’empêcher de se dire intérieurement « son idée ne se concrétisera pas » pour plusieurs raisons.

  • Les promesses de l’école

Après cinq ans d’étude universitaire, je suis forcée de croire que l’école nous fait de bien belles promesses. A la recherche de la formation, on vous fait miroiter le poste de dirigeant, de décisionnaire que votre titre d’ingénieur peut vous amener à occuper. Qui n’aime pas le pouvoir ? Très vite, on convainc les parents et nous voilà élève ingénieur. Mais à un an d’obtenir son diplôme, le discours est tout autre. « L’avenir est dans l’entreprenariat ». Pour cela, on ne manque pas de vous outiller comme il se doit. On parle de cas inspirants, de business model (has been), de motivation et rarement des échecs. Plutôt que d’expliquer aux jeunes entrepreneurs les raisons de ces échecs avec des exemples édifiants, on se cantonne aux citations. « Le succès n’est pas définitif, l’échec n’est pas fatal, c’est le courage de continuer qui compte » W. Churchill. « Ce n’est pas la peur d’entreprendre, c’est la peur de réussir qui explique plus d’un échec » Emil Michel Cioran. Tout ca c’est bien beau, mais tous les cours magistraux que l’on reçoit sont-ils vraiment en phase avec le contexte actuel ? Ceux qui prennent la peine d’orienter les jeunes entrepreneurs ont-ils seulement une idée de ce qu’entreprendre implique de nos jours ?

  • La démarche entrepreneuriale

La plupart du temps, les jeunes entrepreneurs africains n’ont aucune idée de la démarche entrepreneuriale. Je le dis parce que je ne peux pas comprendre que l’on ait aucune idée de ce que c’est qu’un burn rate ou encore un pitch deck et que l’on soit quand même à la tête d’une startup tout simplement parce que pour 5000FCFA, l’imprimeur du quartier a eu la bonté de vous imprimer une carte de visite où vous avez écrit fièrement « Founder/CEO ». Mes amis entrepreneurs avez-vous seulement une idée de ce que CEO veut dire ??? Il est vrai que ca sonne mieux en anglais mais sans produit ou service, sans visibilité numérique, sans pitch deck et sans une estimation concrète de votre burn rate, je suis désolée, vous n’avez pas fondé une startup. Vous êtes juste un diplômé sans emploi qui se donne l’élégante appellation de « Founder/CEO ». D’un autre côté, « le savant est mort, sur sa tombe fleurit une autre race, celle des chercheurs ». C’est dire que votre idée de génie que vous gardez précieusement dans votre tête a déjà été pensée et parfois même réalisée par d’autres. Le challenge aujourd’hui, à mon humble avis d’employée qui a décidé de mettre ses compétences au service d’un entrepreneur c’est de proposer des solutions adaptées au contexte dans lequel vous entreprenez.

Amusez-vous à passer le texte du startup-validator

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  • Le besoin de contextualiser

Ce qui marche en Europe ou aux Etats Unis n’est pas forcement la recette à appliquer en Afrique. Oui il y a des opportunités en Afrique mais elles ne sont pas toutes dans les halls d’hôtels luxueux, autour des tables de conférences et déjeuners copieux qui suivent celles-ci. Les opportunités sont dans l’analyse des problématiques locales et dans les solutions que vous pourrez être à même de proposer. Et si vous n’êtes pas en mesure de voir les choses sous cet angle, sans vouloir être impolie, rangez votre carte de visite où il est écrit « Founder/CEO » et allez demander de l’emploi à un « Founder/CEO »
Je comprends aisément le besoin des uns et des autres de vouloir entreprendre et diriger. Il est bien vrai que « l’avenir appartient à ceux qui ont des employés qui se lèvent tôt ». De plus, entreprendre devient la solution évidente quand on voit la galère des autres qui décident de chercher un emploi. Entre les employeurs qui recherchent des stagiaires éternels et ceux qui pensent qu’un salaire, parfois ridicule, leur octroie le droit de disposer de l’employé comme de leur bétail, il y a de quoi vouloir se mettre à son propre compte. Mais entreprendre nécessite de la patience et des sacrifices. Entreprendre nécessite de la maturité d’esprit, pas forcement un âge avancé mais de la maturité. Dans le contexte africain, entreprendre nécessite également des moyens. Et pour finir entreprendre nécessite que l’on s’inspire de cas édifiants de succès mais également d’échecs. Même si ce sont les exemples de la silicon valley qui vous inspirent, gardez à l’esprit qu’il y a plus d’échecs que de succès dans cette jungle technologique où les géants avalent sans scrupules les tout petits. Prenez également la peine de contextualiser pour proposer des solutions en adéquation avec les réalités de votre milieu. Et comme mon objectif ici n’est pas de décourager les entrepreneurs, voici pour vous une petite dose de motivation.

À propos de l'auteur

Lucrece

Ambitieuse, déterminée et très amoureuse de la langue française, voilà qui je suis. Ingénieur de conception en réseaux Telecom, je suis passionnée de lettres et de cuisine. Pour vivre j'ai besoin d'internet et d'eau mais ma plume est mon arme de survie dans ce monde plein de défis.

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13 Commentaires

  1. « Ce qui marche en Europe ou aux Etats Unis n’est pas forcement la recette à appliquer en Afrique. » Je sors toujours cette phrase lourde de sens à ceux qui veulent nous imposer des recettes magiques venant d’ailleurs.

  2. Voilà un constat que j’ai fait en consultant les bios de plusieurs twittos: chacun est CEO/Founder de quelque chose, parfois, quand tu suis le lien de la startup en question tu es étonné de tomber sur un site en construction… Je crois que je vais recommander cet article a certains d’entre eux, en leur conseillant, comme tu l’as fait, de ranger leurs cartes de visite où il est écrit « Founder/CEO » et d’aller demander de l’emploi à un vrai « Founder/CEO ».

  3. J’ai parcouru vite fait l’article mais, j’ai noté des choses vraies en effet, tout ce qui marche en Europe et
    aux Etats-unis ou en Asie, en australie n’est pas sur de fonctionner en Afrique déjà parce que notre continent est sous-developpé et donc le champs des possibles est très très limité par exemple, UBNB le site qui permet de rendre temporairement sa maison disponible à d’autres personnes moyennant une certaine somme d’argent; Eh bien cette solution ne fonctionnera pas (ou très peu) en Afrique parce qu’il est assez rare de voir un africain laisser sa maison durant son absence, un membre de la famille viendra occuper les lieux (s’il ne vit déjà pas avec vous) etc.

    Je pense que l’erreur des uns et des autres c’est de chercher à produire uniquement pour l’Afrique. La solution au contraire serait de créer des services numériques en forte majorité pour les autres continents sans biensure négliger l’Afrique mais, cela passera par de l’informatique de pointe.

    Nos informaticiens, nos écoles d’informatique et nos laboratoires d’informatique accusent des centaines d’années de retard par rapport aux autres continents En effet le futur c’est à la robotique, aux intelligences artificielles, aux systèmes embarqués (capteurs, appareils ménagers, compteurs de smartgrid, googlegalss, Cardboard etc) pour les IoT(internet of Things), à l’informatique spatiale(l’une des plus pointues au monde), à la future informatique dans les ordinateurs quantiques qui fonctionneront sur la base de « qubi » et bien d’autres encore. C’est de l’informatique de pointe ou les gains se chiffrent en milliards de dollars et qui peuvent impulser l’Afrique vers une nouvelle ère de développement.

    Je m’étonne de ces acteurs du numérique qui nous font croire qu’ils veulent aider l’Afrique dans le domaine de l’informatique je citerais par exemple un opérateur télécom comme Orange via sa filiale Orange Sénégal: cette structure qui fait d’énormes bénéfices en proposant des services mais sans jamais investir dans le futur. On s’attendait à ce que ces grandes structures ouvrent de vrais laboratoires de R&D sur des technologies de pointe pour doper l’informatique Sénégalaise, ces opérateurs ont des projets de recherchent sur les IoT, le Cloud, les infrastructures distribuées etc pourquoi n’externalisent ils pas une partie de ces recherches en Afrique?

  4. Excellent! Tout à fait édifiant ton article. On peut aussi se poser des questions de fond sur le pourquoi du comment de cette entrepeumaniat. Enfin, c’est encore autre chose.

    comme tu dis, on ne parle pas assez des échecs, ce qui est dommage, ils sont d’ailleurs (et c’est logique) plus nombreux que les succès, il en faut beaucoup pour atteindre le sommeil. Heureux de voir un salariée qui s’assume. Il y a d’ailleurs un certain confort au salariat, contrairement à la position de PDF…ou CEO, pour faire branché. 😉

  5. Je rejoins Nelosn en allant plus loin encore la notion de « Pitch Deck » ne me semble pas adaptée dans le contexte africain. On vous parle de premières maquettes d’un business alors que dans bons nombre de pays africains trouver des fonds propres relève du « casse tete chinois ». Comment donc comprendre qu’on vous demande une première maquette alors l’environnement dans lequel vous évoluez ne le permet pas??

    C’est aussi ça le problème avec les « bons » penseurs africains, ils prennent tout des pays du nord et viennent l’appliquer dans le spays du sud comme si ça pouvait marcher. Chaque modèle pris dans un pays du nord doit etre ADAPTER à nos contextes de pays du sud.

    1. Partiellement d’accord avec toi 🙂 . Dire que pitch deck n’est pas approprié au contexte africain, c’est dire que startup non plus ne l’est pas. Là où on se rejoint par contre c’est le besoin de contextualiser mais il faut s’appuyer sur un modele qui a déjà fait ses preuves ailleurs sans le copier textuellement … On ne réinventera pas les méthodes.

  6. Article très intéressant Lucrèce tu mérites un bon plat de ndolè au poulet fumé. Je le dis parce que ton sujet est d’une actualité brûlante. On a jamais autant parlé d’entrepreneuriat (le mot la est dur à écrire (deh !) que ces dernières années. Cette dynamique est plutôt encourageante.
    Cependant, comme toi je me suis demandée pourquoi il y a autant d’échec dans l’univers des Start up africaine ? Copier es idées qui viennent d’Europe ou d’Amériques n’est pas en soi une mauvaise démarche. Il faut cependant penser à l’adaptation en tenant compte du contexte africain et de ses particularités.
    Il ne faut pas également pas surestimes le pouvoir d’internet. J’ai pu constater à travers des enquêtes pour la presse que la pénétration des tics reste encore trop faible en Afrique, or certains startupeurs se limitent au battage médiatique sur les réseaux sociaux sans y associer la communication traditionnelle.
    C’est bien de se former en leadership en participant par exemple à des forums et courtes formations sur la question. Il faut aussi tester le projet sur le terrain, identifier clairement ses cibles, se rassurer qu’il apporte quelque chose de plus que le conçurent et que la cible primaire est prête à débourser de l’argent pour acheter notre produit et plus important encore se demander quel est l’impact à court et long terme de notre projet. Si le projet n’a aucun impact mesurable sur la vie de notre cible alors il ne pourra difficilement marcher.

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