Antsiranana ou comment finir l’année en beauté

Article : Antsiranana ou comment finir l’année en beauté
3 janvier 2020

Antsiranana ou comment finir l’année en beauté

J’ai rencontré Sophie à Dakar en 2015 au cours de la formation Mondoblog. Depuis, nous sommes devenues amies. En 4 ans, nous avons improvisé des séances de cinéma sur Whatsapp, partagé joies, peines, fous rires et projets. Puis nous avons décidé qu’il était temps de vivifier cette relation à distance. Elle est venue passer quelques jours à Dakar et nous avons convenu de passer noël ensemble, chez elle à Antsiranana, Diégo-Suarez. Il paraît que « là où est le cœur, les pieds n’hésitent pas à aller ». Mais je ne peux pas dire que je n’ai pas hésité en regardant le prix du billet et surtout en sachant qu’il faudra 26 heures de voyage rien que pour arriver à Tana.

Quand il faut y aller…

Dire que j’ai la phobie de l’avion est un euphémisme. Je suis une vraie catastrophe. Il semble que je perds toute rationalité et logique dès l’embarquement. Le fait que je sois une fidèle abonnée de documentaires tels que  » Air crash  » ou encore « I survived » n’arrange guère les choses. Il suffit que l’hôtesse pousse son chariot de pain rassis pour que je m’imagine qu’on perd de l’altitude. Quelqu’un a fait tomber un objet pas mégarde ? Non ce bruit, c’est forcément une des ailes de l’avion qui se détache. De toute façon, je suis maintenant convaincue que si je me retrouve pour de vrai dans un avion qui a un accident, le pilote réussira une manœuvre de génie comme celui qui a amerri sur l’Hudson, sauvera tout le monde pendant que je mourrai d’une crise cardiaque.

Je sais qu’à ce moment précis, vous ne savez pas s’il faut rire ou avoir pitié de moi. Mais imaginez un peu le calvaire de celui qui doit se coltiner ma compagnie pendant ces longues heures. Je repense encore à ce pauvre coréen qui n’a pas eu d’autres choix que de me faire la liste de tous les Boeing 737 après qu’Ethiopian Airlines nous ait souhaité la bienvenue à bord de son Boeing 737-800. Ah ! donc c’est le 737-max seul qui a un problème ? « All is fine » me répétait-il toutes les 5 min. Bref, après avoir pourri la vie à mes compagnons de voyage, je venais d’arriver à Tana. Je devais encore prendre un vol le lendemain pour Diego. Et Sophie n’est assurément pas de ceux qui savent rassurer les peureux irrationnels, bien au contraire.

Des arguments touristiques singuliers

Vous est-il déjà arrivé de faire des recherches sur une destination avant de vous y rendre ? Internet regorge de guides touristiques plus alléchants les uns que les autres. Si vous faites des recherches sur Antsiranana Diégo-Suarez par exemple, on vous vantera la beauté de la mer d’Émeraude, les couchers de soleil époustouflants ou encore les longues plages de sable blanc.

Mais Sophie avait des arguments touristiques pour le moins inattendus. Elle a commencé par m’expliquer que c’était la saison des cyclones et qu’avec les vents forts, les atterrissages à Diego étaient encore plus euphorisants que les montagnes russes. Et puis, comme j’aime bien m’offrir des bains de boue, dès qu’il pleut c’est bain de boue à volonté et surtout c’était gratuit. Ah, je ferais peut-être mieux de venir avec des baskets parce qu’elle ne voit pas comment je ferai avec d’autres chaussures quand les zébus me courront après. Et si bien sûr, je voulais un souvenir unique à ramener, rien de tel qu’une cicatrice laissée par les crocodiles de Diego que nous pourrions rencontrer à un moment ou à un autre. Contre toute attente, je n’étais que plus curieuse, impatiente de voir comment les gens vivent entre deux cyclones entourés de zébus et de crocodiles.

il faut du temps à une vahiny* pour s’habituer à la beauté et l’authenticité des lieux si tant est que ce soit possible

Antsiranana et ses paysages de rêve

En quelques jours, je n’ai pu m’empêcher de tomber amoureuse de cette région du monde. Malgré sa modestie, Antsiranana est richement gâtée par la nature. Heureusement ou malheureusement, elle reste encore préservée par les touristes qui n’y sont pas encore très nombreux. À moins qu’ils n’y viennent à une autre période.

À Ramena, à quelques kilomètres de Diego, il faut du temps à une vahiny* pour s’habituer à la beauté et l’authenticité des lieux si tant est que ce soit possible. Entre mer et montagnes, Antsiranana offre un spectacle grandiose au quotidien. Je me rappelle encore de cette visite chez une amie de Sophie dont la maison donnait sur la baie de Diego et son pain de sucre. En minable touriste, j’ai dégainé mon téléphone bon marché pour prendre les photos mal cadrées dont j’ai le secret. Elle m’a regardé d’un air désabusé en disant « comme on voit ça tous les jours, on ne comprend pas pourquoi les gens prennent des photos ». Je suis repassée devant le pain de sucre à d’autres reprises, mais j’ai toujours autant été éblouie que la première fois.

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Une famille pour Noël

J’ai été reçue au sein de la famille de Sophie comme si j’en avais toujours fait partie. À aucun moment, je ne me suis sentie étrangère. Ça fait tellement longtemps que je n’ai pas passé de fêtes de fin d’années en famille que j’avais oublié comment cela pouvait être agréable. Mes moments préférés ont sans doute été ceux passés autour de la table à manger. Tout d’abord parce que je suis gourmande et que je découvrais en plus de nouveaux plats, mais surtout à cause de cette ambiance unique qu’on retrouve quand on est en famille. Même quand je ne comprenais pas ce qui se disait, je me délectais de ces éclats de rire et de ces moments de pur bonheur. Je suis repartie le cœur serré ne sachant que faire pour dire merci tellement j’ai été comblée. Mais j’ai dit que je reviendrai et ce n’était pas une parole en l’air.

Et les mondoblogueurs !

À la fin de mon séjour, après avoir subi deux décollages et atterrissages pour revenir à Tana, avant d’entamer le voyage de retour (28 heures cette fois-ci), j’ai rencontré les mondoblogueurs de Tana. Comme d’habitude, j’ai envie de dire, ils ont été géniaux. Alors que je me perdais dans les rues de la capitale malgache, Andry est venu me chercher. Rija a fait un long chemin pour qu’on puisse se voir. Et Lalah, qui a tout organisé a pris soin de me déposer à mon hôtel et a rempli ma valise de délicieux litchis. Comme dit la chanson, « si ça n’est pas vraiment l’amour, ça y ressemble tant que c’est peut-être mieux « .

Faty m’a appris que « quand tu voyages, prends deux sacs, l’un pour donner, l’autre pour recevoir « . Pendant ce séjour inoubliable, j’ai reçu beaucoup plus que je n’ai donné. Je suis repartie avec quelques kilos en trop, le cœur rempli de fabuleux souvenirs et il faut le dire, le portefeuille plus léger de quelques millions de bolivars vénézuéliens. Avant de repartir à l’aéroport pour « subir » ce voyage retour, j’ai eu la chance de parcourir Tana à moto avec Oméga. Je ne saurai dire ce qui m’a fait le plus du bien entre ce tour à moto et l’excellent zébu que nous avons dégusté juste après, à moins que ce ne soit le mélange des deux. Une chose est sure, fait extrêmement rare, j’ai réussi à m’endormir pendant le vol retour jusqu’à ce que j’entende « nous traversons une zone de turbulence au-dessus de Zanzibar… »

*Vahiny = étrangère en malagasy

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Commentaires

Gélus
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Vraiment, tu m'as fait voyager également ! Sans doute, c'était l'un de tes merveilleux séjours en terre inconnue. Merci pour le partage !

Lucrece
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Sans aucun doute!!Merci d'être passé sur mon blog Gélus

Fotso Fonkam
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J'ai enjoy le texte, et ça m'a rappelé les souvenirs de 2016 (le côté touristique et les cyclones en moins lol). Et les photos sont juste magnifiques...

Mais dis-moi comment tu parviens à avoir peur des avions mais à courir te jeter dans l'œil du cyclone — ou dans la gueule du crocodile, si tu préfères ?

Lucrece
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Haha! Je me disais bien que Sophie exagérait un peu, connaissant mon courage légendaire. La preuve, aucun crocodile ne m'a mordu et je n'ai pas été emportée par un cyclone. J'ai survécu aussi aux voyages en avion mais je ne sais pas comment vous faites pour dormir dans un boîte fermée qui va à 800km/h

Alexandra
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Ohhhh j'ai aimé. J'ai éclaté de rires. Toi seule a la capacité de mettre de l'humour dans ce qui peut paraître dramatique . Ta peur des avions là, faut y consacrer un billet stp ... Diego a l'air féérique. Je t'assure. Nos eaux balnéaires s'interdisent d'être aussi bleues. Merciii Lulu

Lucrece
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Faut me trouver des solutions au lieu de rire :D parce que ma qualité de villageoiserie là, moi même j'ai honte!

Mawulolo
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Hummm...et pourquoi tu en dis pas qu'à Dakar, #MondoDakar aussi était avec toi et Sophie ou qu'on s'est vus?
Hummmmm

Lucrece
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Parce que ce n'est pas un article sur le séjour de Sophie à Dakar, parce que #MondoDakar mérite un article à lui seul <3

Rindra
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Magnifique texte, et quelle belle façon de finir l'année! Tu m'as fait voyagé le temps d'une lecture <3