Pourquoi ériger des frontières sur Internet ?

Si comme John Lennon vous arrivez à imaginer un monde où il n’y a « aucun pays, aucune cause pour laquelle tuer ou mourir… où tous les gens vivent leurs vies en paix », vous avez bien de la chance. Parce qu’il y a tellement de choses tristes et laides en ces temps apocalyptiques qu’on a bien du mal à imaginer à quoi ressemble un monde en paix. Cela dit, s’il y a bien un univers qui se rapproche quelque peu de celui que décrit cet illustre chanteur, à mon humble avis, c’est internet. La géante toile d’araignée est censée faire du monde un village planétaire. Mais dans la réalité, nous sommes loin d’être affranchis de toutes les frontières notamment à cause filtrage géographique.

Pourquoi « ce contenu n’est pas disponible dans votre zone géographique » ?

le géo blocage est imposé contractuellement lors de la négociation des licences d’exploitation

Le géoblocage est imposé contractuellement lors de la négociation des licences d’exploitation

Le filtrage géographique concerne généralement les vidéos en ligne et les programmes en direct mais également de nombreux autres secteurs tels que les livres électroniques et divers contenus culturels. Si la télévision à l’ère du numérique a évolué et se veut plus participative et plus « sociale », les lois concernant les droits d’auteurs elles, ont peu changé. Ainsi, le géoblocage est imposé contractuellement lors de la négociation des licences d’exploitation. Avant de vous lancer dans une diatribe véhémente sur la diversité culturelle et la nécessite de briser les limites géographiques, pensez à consulter attentivement les textes sur les droits d’auteur et les taxations de diffusion d’œuvres étrangères. Mieux encore au lieu de discourir, envisagez les solutions alternatives.

Contourner le blocage géographique sur internet

Tout d’abord, il est important de savoir qu’à divers niveaux, la question du filtrage numérique est au cœur des préoccupations de ceux qui gouvernent, plus ou moins, internet. A part en Afrique peut-être où l’accès effectif au web reste encore un problème. On s’insurge d’ailleurs que pour accéder à internet, les Réunionnais se voient attribuer une adresse IP qui les identifie comme étant localisés en Afrique et que « cette identification leur cause un préjudice important ». En attendant que l’Afrique soit « réellement connectée », les uns et les autres réfléchissent à lever les barrières à l’échelle continentale et intercontinentale. Mais avant que toutes ces commissions, débats et manœuvres politiques n’aboutissent à des solutions concrètes, vous pouvez déjà accéder au contenu de votre choix par d’autres moyens.

Pour contourner la barrière géographique, il suffit de changer son adresse IP, cet identifiant qui permet de vous localiser sur la toile, pour en obtenir une localisée dans le pays où se trouve le contenu à visionner. Vous avez le choix entre la solution du Proxy et celle du VPN. Bien qu’ayant les mêmes objectifs, les niveaux de sécurité, de fiabilité et de facilité d’utilisation sont bien différents. Il faut prendre en compte également l’aspect pécuniaire. Il vous appartient de choisir la solution qui vous semble la plus appropriée. Personnellement, j’ai testé Hola et je puis dire qu’en matière de fluidité, on n’est pas totalement sorti de l’auberge. Cependant, en considérant qu’il s’agit d’un service partiellement gratuit (version premium pour 5 dollars par mois), c’est une solution acceptable.

Bien qu’efficaces, les solutions de contournement de filtrage numérique ne sont pas toujours légales. Considérée comme « un service conçu ou spécialement adapté pour porter atteinte aux mesures techniques de protection des oeuvres, auxquelles sont assimilables les filtres géographiques », l’utilisation d’outils tels que Hola peut vous valoir dans certains pays une amende conséquente.

La problématique du filtrage géographique suscite des réactions diverses chez les uns et les autres. Au regard de la définition que l’on voudrait donner à internet, ériger des frontières paraît absurde mais pas totalement quand on tient compte de la dimension légale. Cela dit, mon avis est que les textes sur les droits d’auteurs ont besoin d’être reformés, d’évoluer tout comme la façon de communiquer est entrain de l’être. Parfois le fameux message « Ce contenu n’est pas disponible dans votre zone géographique » s’accompagne de « Nous mettons tout en œuvre pour étendre notre zone de diffusion ». Mais concrètement qu’est-ce qui est fait et qu’est-ce qui reste à faire ?

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Lucrece
Ambitieuse, déterminée et très amoureuse de la langue française, voilà qui je suis. Ingénieur de conception en réseaux Telecom, je suis passionnée de lettres et de cuisine. Pour vivre j'ai besoin d'internet et d'eau mais ma plume est mon arme de survie dans ce monde plein de défis.

À propos de l'auteur

Lucrece

Ambitieuse, déterminée et très amoureuse de la langue française, voilà qui je suis. Ingénieur de conception en réseaux Telecom, je suis passionnée de lettres et de cuisine. Pour vivre j'ai besoin d'internet et d'eau mais ma plume est mon arme de survie dans ce monde plein de défis.

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17 Commentaires

  1. Voila un bel article qui soulève un problème auquel nous africains sommes régulièrement confrontés. Et c’est parfois assez frustrant. Dernièrement, souhaitant commander un article sur eBay (ou Amazon, je ne sais plus) j’ai eu ce type de réponse : la loi interdisait que ces appareils soient livrés dan certaines zones, parmis lesquelles figurait en bonne place le Cameroun. Idem pour certaines applis, il est impossible de créer des comptes sans mentir sur son pays de résidence. Et, comme tu l’as dit, c’est assez paradoxal quand on sait que le but de l’Internet, c’est entre autres de briser les frontières au moins de façon virtuelle.

    1. Heureusement ou malheureusement le problème n’est pas seulement africain. En Europe, il est impossible d’accéder à certains contenus américains. Même au sein de l’Union européenne, le problème se pose…

      1. Wow là c’est plus grave que je ne pensais. J’ai toujours pensé que cet état de choses était dû à l’emploi peu honnête que les africains font d’Internet, ce qui conduisait à la mise en quarantaine de certaines adresses IP localisées chez nous et par conséquent rendait suspect tout utilisateur basé en Afrique. Je m’étais trompé.

  2. J’ai souvent rencontré ce message surtout pour voir certaines vidéos et films
    beaucoup de sites ne proposent pas effectivement aussi certains pays dans les champs
    pour la souscription à leurs services.
    je crois aussi que là, c’est ne question de marché et de valeur ajoutée.Tu peux voir des pays comme l’Afrique du sud, le Nigeria mais le Togo et ton Bénin par exemple sont zappés lol!

  3. Excellent sujet, excellente argumentation.
    Pour autant, le problème est plus large que la simple question du droit d’auteur (voir notamment le documentaire d’Aaron Schwartz).
    Je pense que le sujet principale se trouve ici : http://meta-media.fr/2015/09/13/adblockers-vers-un-internet-du-riche-et-un-internet-du-pauvre.html
    c’est à dire , sur la question de la frontière sociale qui se crée de plus en plus sur internet notamment avec les contenus payant (Premium).
    Ma solution? Allez sur les informations alternatives, voir en d’autres langues… payez pour l’Info? Non, pas aujourd’hui.

    1. Merci pour le lien. Cela dit tout le monde ne parle pas cinq langues couramment #jdcjdr ;). Il faut dire aussi que dans le cas particulier du filtrage géographique, ce n’est pas vraiment une question de riche ou de pauvre. On te dit juste que ce n’est pas disponible dans ta zone géographique!

  4. L’euphorie des débuts d’Internet a vite laissé place aux réalités financières. Les acteurs de l’économie de l’entertainment rattrapent sur la toile des pertes de revenus sur les médias traditionnels. Je rejoins Serge; à court terme les contenus seront visibles de tous, à condition d’y mettre le prix.
    Néanmoins, Internet réussi quand même sa mission d’abolition des frontières quand sur le billet d’une béninoise reagissent un français, un camerounais ou un congolais vivant au Brésil 🙂

  5. salut Lulu! Inutile de dire que tu es excellente comme d’hab (c’est une lapalissade que de le dire). concernant le sujet, je pense quand même que Internet ne devrait pas devenir un no man’s land. auquel cas certaines zones géographiques pourraient se retrouver envahies par des propagandes venues de l’extérieur.
    ce que je déplore par contre cest une sorte de « discrimination » du droit aux opportunités du web. sur ce plan on devrait essayer de rétablir l’équilibre afin de rendre tous les internautes égaux. même si en réalité ce combat ressortit plutot à nos dirigeants africains…

    PS: jai cherché une faute dans ton article et je n’en ai pas trouvée

    1. Merci pour ta contribution Ecclésiaste. Pour les fautes c’est un peu normal… L’article a été édité 😉 . A part ça si tu regardes la télé, tu es déjà « envahi par des propagandes venues de l’extérieur ». Pour ça il suffit d’avoir la jugeote de conserver ce qui nous semble bon. En ce qui concerne la « discrimination », au risque de te choquer on ne peut pas vraiment se plaindre si on attend Google et Facebook pour nous fournir l’accès à internet pendant que nous nous retournons les pouces à regarder des vidéos sur youtube. Et sur la question d’attendre nos dirigeants africains… On peut tjr « se gratter »…

  6. Magnifique billet et belle présentation de ton blog de façon générale.
    Le filtrage numérique peut être interpreté sous deux angles. D’un côté, il y a une tendance clairement exprimée à restreindre le droit à l’information des internautes mais dans l’autre c’est l’exercice d’un devoir régalien de protection de ceux-ci, des populations, par les Etats. Où en est la limite? C’est ici la question.
    J’admire ton talent.
    Amitiés

  7. C’ est pas seulement l’ Afrique ! Perso je me dis avoir un peu la chance 😉 car aimant beaucoup lire, je télécharges bien des livres graduitement ( ex : l’ étranger de Camus ) qui le Français ne peuvent pas, attendant encore 20ans pour le faire.

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